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Coup d’œil sur l’urbanisme algérien

La mise en ?vidence de ces principes directeurs permet de souligner l’inanit? d’une autre id?e concernant la politique coloniale fran?aise en Alg?rie. Le caractère fondateur du fouri?risme et du saint-simonisme, deux doctrines ?conomiques et sociales introduites très t?t dans le pays, n’ayant jamais ?t? suffisamment soulign?, et le r?le de l’administration militaire ayant presque toujours ?t? mal appr?ci?, cette politique a longtemps ?t? assimil?e à un monolithe indivisible. Or, elle se r?sumait au contraire en un ensemble de m?thodes et de d?marches souvent divergentes.

Ainsi, l’administration militaire a toujours pr?n? la pr?servation des structures traditionnelles locales et la protection des populations, moyennant leur soumission. Le ressort de cette d?marche r?sidait dans la connaissance de la chose locale et avait pour corollaire la reconnaissance de sa sp?cificit? ou de sa diff?rence.

Un groupe de saint-simoniens appartenant à la mouvance enfantinienne (du Père Barth?lemy-Prosper Enfantin) a d?fendu, pour sa part, l’association des int?rêts musulmans et europ?ens. Il se fondait sur la possibilit? d’une vie en bonne intelligence, autrement dit sur une compr?hension mutuelle, un ?change r?ciproque et donc un enrichissement bilat?ral.

Plusieurs fouri?ristes se sont employ?s, quant à eux, à jeter les bases d’une doctrine d’assimilation des musulmans, par fusion ou absorption, indiff?remment de leurs attaches, de leur modes d’organisation et de repr?sentations, doctrine reprise et d?velopp?e ensuite, non sans contradictions, par les colons (civils).

Telle fut, sch?matiquement, la situation à la fin du XIXè siècle. A partir de 1900, l’œuvre de colonisation ?tant jug?e suffisamment avanc?e et l’annexion du pays acquise d?finitivement, l’am?nagement de l’espace urbain allait occuper une place majeure dans l’ordre des pr?occupations des ?diles coloniaux.

Plusieurs tendances lourdes allaient pouvoir être distingu?es en la matière. La première, personnifi?e à Alger par une association de notables locaux attach?s à la vieille ville, fut essentiellement protectrice. Son objectif ?tait la pr?servation des quartiers urbains anciens, des monuments et des vestiges du pass? urbain du pays. Son chef de file n’?tait autre que le gouverneur g?n?ral Charles-C?lestin Jonnart en personne, second? à Alger par un instituteur form? dans une ?cole congr?ganiste : Henri Klein. En renouant avec la tradition conservatoire de l’administration militaire, cette tendance, qui peut être qualifi?e de « conservatrice », a redonn? au mouvement patronn? par les premiers officiers de l’Arm?e conqu?rante un nouveau souffle, après trois d?cennies de rel?chement dû à la politique assimilationniste privil?gi?e par le r?gime civil à partir de 1870.

La seconde tendance peut être dite r?gularisatrice. Issue de la loi Cornudet du 14 mars 1919 rendue applicable à l’Alg?rie en 1922 et en 1925, elle a ?t? incarn?e par l’urbaniste Henri Prost. Form? au Maroc par Lyautey, Prost acquit ensuite une r?putation internationale. L’urbanisme de r?gularisation consistait à transformer l’espace urbain traditionnel de fa?on à l’adapter aux exigences et aux besoins nouveaux, sans bouleverser les structures existantes. Sa d?marche ?tait donc compl?mentaire de la pr?c?dente. Dans sa m?thode, comme dans la philosophie qui l’animait, la tendance r?gularisatrice s’apparentait curieusement à la doctrine associationniste saint-simonienne: L’une et l’autre faisaient des notions de concertation et de compromis leur credo. Elles visaient au rapprochement des populations autochtones et europ?ennes et à leur s?paration tout à la fois, dans un but de sauvegarde des int?rêts de chacune. Au demeurant, l’urbanisme de r?gularisation se caract?risait par une grande capacit? d’adaptation. Aux règles g?n?rales, jug?es applicables à l’ensemble des villes, ?taient toujours ajout?es des dispositions particulières propres à chaque espace urbain trait? concrètement.

La troisième tendance, rigoureusement fonctionnaliste (adaptation stricte de la forme à la fonction), a ?t? anim?e par Le Corbusier en personne. De 1931 à 1942, ce dernier a ?labor? de nombreux projets d’urbanisme et d’architecture destin?s essentiellement à la ville d’Alger. Mais c’est. à ses nombreux disciples qu’il revint de marquer concrètement l’espace urbain alg?rien par une quantit? importante de r?alisations command?es par une double volont? d’efficacit? et de rendement. Le fonctionnalisme ?conomique et formel, le postulat d’invariance humaine et le système de valeurs pr?tendument universelles sur lesquels se fondait cet urbanisme fonctionnaliste se traduisaient par l’?limination des traditions pass?es et des diff?rences locales. Cette pratique n’?tait pas sans rappeler celle pr?n?e par les assimilateurs, un siècle auparavant. L’une et l’autre donnaient la pr??minence à l’?conomie et visaient à l’uniformit?. L’une et l’autre, fond?es sur une « brutale certitude » et se conformant à un projet th?orique pr??tabli, faisaient de la contrainte leur principal instrument.

Une quatrième tendance s’est manifest?e parallèlement. Elle peut être qualifi?e de culturaliste. Son apparition est imputable aux urbanistes Tony Socard et Gaston Bardet. Contrairement aux pr?c?dentes cependant, l’approche culturaliste, domin?e par la nostalgie des anciennes communaut?s culturelles et par le respect des valeurs affectives, ne pr?sente aucun lien g?n?alogique avec les exp?riences coloniales du XIXe siècle. L’urbanisme culturaliste accordait aux enquêtes une importance capitale et partageait par ailleurs avec l’urbanisme de r?gularisation plus d’un point de principe leur conf?rant un r?alisme qui faisait cruellement d?faut à la vision fonctionnaliste de l’espace. En revanche, il tendait à s’enfermer dans un projet mod?lisateur comparable à celui qui pr?sidait à l’urbanisme fonctionnaliste.

Bien que pr?tendument sp?cifique, le socialisme progressiste de l’Alg?rie ind?pendante, dont l’urbanisme se voulait un instrument privil?gi?, avait ?t? calqu? sur des exp?riences ?trangères dans lesquelles on avait cru d?couvrir une panac?e et percevoir un gage de scientificit? et d’ind?pendance à l’?gard du pass? colonial. Tel ?tait pr?cis?ment l’avantage fallacieux offert par le modèle fonctionnaliste de l’urbanisme et, dans une certaine mesure, par le modèle culturaliste aussi. L’un et l’autre donnaient de la pratique urbanistique l’image d’une science rigoureuse et d’un modèle reproductible. L’un et l’autre ont triomph? après 1962 à travers l’adoption de quelques grands projets pour lesquels des moyens exceptionnels ont ?t? d?ploy?s. Or, ni le P.O.G. (Plan d’Orientation g?n?rale) de 1975, ni le P.U.D.-Alger (Plan d’Urbanisme directeur) de 1983 par exemple n’ont abouti.

Une red?finition de la notion d’urbanisme, aujourd’hui, s’impose dans notre pays.

Par Saïd ALMI

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