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Choc et inquiétude!

Succédant à une campagne médiatique sans précédent sur le principe de l’accommodement raisonnable, le sondage est-il le prélude à un durcissement des discours journalistiques et des actions politiques visant les membres de la communauté arabe et musulmane ? Somme-nous à la veille d’un racisme, bien réel celui-là, qui prétendrait refléter l’opinion de la majorité des Québécois ? Quels sont les objectifs des commanditaires du sondage?

En effet, personne n’est dupe pour croire que la société québécoise est devenue, comme par enchantement, raciste et fière de l’être. La société québécoise, et les Québécois de souche précisément, s’abreuvent et s’intoxiquent depuis au moins deux ans aux clichés que certains médias véhiculent sur notre communauté et la menace qu’elle constituerait pour « la culture et les valeurs de chez-nous ». C’est cette campagne qu’il faut oser qualifier de raciste, car c’est exactement ce qu’elle est. Quant aux résultats du sondage ils ne sont au bout du compte que le post-test d’un travail sordide que ces médias ont mené sans relâche depuis la décision de la Cour suprême du Canada en faveur du kirpan. Ils ne mesurent qu’une seule chose : leur efficacité à façonner l’opinion publique dans le sens de leurs préjugés et de leur frilosité culturelle.

D’autre part, face à cette réalité, certaines voix au sein de la communauté, connues par leur penchant au louvoiement, nous invitent toute honte bue à faire notre mea culpa. Dans leur logique, le racisme du raciste se nourrit des défauts de sa victime ; si le fascisme de Hitler fut, c’est parce que ce sont les juifs qui l’auraient suscité. A ces voix, nous disons, avec tout le respect qu’elles méritent, que Dieu fasse miséricorde à vos parents, bouclez-là !

Ou, à tout le moins, avant de parler, que Dieu vous garde, réfléchissez, documentez-vous, lisez. Vous découvrirez, j’en suis convaincu, que depuis que le racisme existe, c’est-à-dire depuis que l’homme est homme, la culpabilisation de la victime a toujours fait partie de l’apparat du discours raciste et xénophobe. Qu’il ait parmi nos communautés des brebis galeuses, nous le savons tous depuis belle lurette. Qu’on veuille s’y appuyer pour justifier la moindre attitude raciste à notre encontre, non seulement c’est une erreur de penser, c’est aussi une faute éthique grave qui fait de ceux qui y adhèrent les complices des médias xénophobes.

Enfin, nous ne dirons jamais assez combien est grande la responsabilité des politiciens du Québec face à cette dérive arabophobe. Si le premier ministre Charest s’empresse aujourd’hui pour affirmer que notre société n’est pas raciste, nous accourons de notre côté pour le rassurer et lui signifier que nous sommes à cent pour cent d’accord avec lui. Nous connaissons notre société et nous savons très bien qu’au chapitre de l’ouverture à la différence, celle-ci est une des plus ouvertes qui soient au monde. Mais, pour notre part, nous ajouterons que malheureusement nous savons aussi que les mentalités changent, particulièrement quand elles font l’objet d’un matraquage médiatique constant comme celui que subit actuellement la population du Québec par rapport aux dangers présumés de l’accommodement raisonnable. C’est pourquoi il est temps de voir le mal en face, de le nommer et de s’y attaquer une bonne fois pour toute pour le bien, non pas des seuls citoyens d’origine arabe, mais du Québec d’aujourd’hui et de demain dans sa globalité. Et ce mal, pour ceux qu’il ne l’aurait pas encore compris, c’est un certain journalisme dénué d’éthique journalistique, qui souffle sur les braises de ce qu’il y a de plus mauvais dans chacun de nous : la peur de l’étranger, sinon sa haine et son mépris.

Par Abdelaziz Djaout

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